Depuis le temps qu’on entendait parler de ce projet bien singulier sur Prime Video, l’idée de retrouver l’emblématique Carrie, l’une des héroïnes les plus célèbres de l’univers de Stephen King nous rendait impatients. Contrairement à d’autres plateformes comme Netflix ou HBO, Prime Video a encore du mal à proposer de nombreuses séries qui restent en mémoire longtemps… et malheureusement Carrie ne fait pas exception à la règle. A qui est donc destinée cette série ? Aux algorithmes qui recommandent d’autres séries après le visionnage ?
Il y a quelque chose de profondément décevant dans la tournure que prend le cinéma de genre contemporain. Déjà, on ne peut être qu’ébloui par une maîtrise technique quasiment irréprochable. Sur ce point, Carrie a tout pour plaire avec sa réalisation soignée, sa bande-son léchée, et son casting convaincant (même si personne ne détrônera Sissy Spacek et l’entièreté du film de Brian de Palma de 1976). La série de Mike Flanagan aurait tout pour plaire… mais Carrie a le même problème que nombreuses propositions actuelles. C’est simple, l’âme des grandes œuvres s’évapore sous le vernis des multi productions de plateformes.
Ainsi, nous avons visionné un projet formellement réussi, mais dénué de toute son identité propre qui semble vouloir absolument plaire à tous.
Carrie, une énième série sur une pauvre adolescente ?
Fichtre, que le constat est amer concernant un cinéaste qui nous avait habitués à une signature diabolique qui fait mouche. Ici, Flanagan ne prend plus aucun risque et semble se plier docilement à ce fameux cahier des charges du format teen drama que l’on retrouve à peu près partout. En voulant moderniser le roman de Stephen King, la série coche toutes les cases d’un produit prévisible. Entre en compte le déplacement de la violence vers les réseaux sociaux, le lissage des aspérités des personnages (Margaret White, la fanatique terrifiante du livre, devient une mère qui aime et protège sa fille… Pardon ?) et la fameuse morale paresseuse (le cyberharcèlement, c’est mal, m’voyez !).
Et c’est là le problème qui nous fâche avec Carrie. Des fictions adolescentes construites sur le même moule, les catalogues en regorgent déjà jusqu’à la saturation. Et nous ne sommes pas les seuls à le penser parce que nombreux autres médias ont fait un rapprochement avec 13 Reasons Why. Passé le harcèlement de Carrie et le climax qu’on ne présente plus, rien ne nous laisse vraiment l’impression de regarder une adaptation du roman de Stephen King. Même l’adaptation moins bonne de Kimberly Peirce avec Chloë Grace Moretz et Julianne Moore nous paraissait plus proche de Carrie que ne l’est cette Carrie mise à niveau 2026.

Clairement, il y a un vrai manque d’audace qui dénature fondamentalement le matériel d’origine. Le livre de King mettait en scène une héroïne ingrate, marquée par le ressentiment et auteur d’un crime de masse aveugle et dévastateur, la série s’échine à faire de Carrie une victime parfaite et innocente à laquelle on s’attache immensément. Seulement voilà, le personnage campé par Summer H. Howell ressemble à n’importe quelle autre personne que l’on verrait dans une autre série. En déléguant sa violence à une force extérieure et en lui greffant des codes de super-pouvoirs, la noirceur de l’œuvre originale se tourne progressivement vers une formule générique, prête à l’emploi pour une éventuelle franchise interconnectée comme on en voit partout (le dernier épisode qui fait liens à d’autres romans de l’auteur).
Carrie est censé être une mordante critique des classes sociales et du puritanisme, devenant finalement qu’un discours superficiel sur les écrans. On semble presque de mauvaise foi mais, bien que ce ne soit pas une mauvaise série, elle ressemble surtout à une énième série interchangeable. L’histoire de cette gamine qui attend que la bête qui sommeille en elle, dans un environnement des plus terrifiants, méritait plus qu’une coquille vide. Oui, c’est très bien produit, mais c’est purement calibrée pour ne froisser personne. Si vous cherchiez la laideur, l’inconfort et quelque chose d’unique, il faudra se tourner vers autre chose… Dommage.



