Scarlet Skips est un jeu de corde à sauter créé par Yerk qui a déclenché une tempête avant même sa sortie. Avec son créateur venu de l’animation professionnelle qui vend des illustrations pour adultes, son héroïne a beaucoup fait parler. Le jeu sur Steam est-il un vrai jeu sympathique ou une publicité vers du contenu plus olé olé ?
Scarlet Skips a été annoncé pour la première fois le 20 avril 2026 par une publication sur X, anciennement Twitter, de son développeur Yerk. En moins de deux jours, elle franchit plus de 2 millions de vues. La bande-annonce nous présente Scarlet, une jeune femme au style anime vêtue d’un haut très échancré (et qui a une certaine ressemblance avec Daisy), qui quitte sa chambre obscure après une dépression pour aller sauter à la corde. Et elle est déterminée !

Si le tout a l’air mignon et très optimiste, les moqueries n’ont pas tardé. Beaucoup y voient un jeu-appât taillé pour un public masculin, tandis que d’autres rappellent que d’excellents jeux indépendants reposent sur une idée d’une simplicité comparable. L’objectif de Scarlet Skips est tout simplement de faire grimper son score en faisant de la corde à sauter. Chaque rebond permet d’aller de plus en plus haut… et de faire rebondir une certaine partie du corps de Scarlet.
Scarlet Skips : pour cinq sous, des rebondissements !
Scarlet Skips se pointe enfin sur Steam le 3 septembre 2026 au prix de 4,99 dollars. Comme écrit plus haut, le jeu se présente comme un roguelike loufoque à un seul bouton. On fait sauter Scarlet par-dessus sa corde au bon moment, puis on améliore son matériel pendant les parties pour grimper plus haut et atteindre des scores absurdes. Contrairement à ce que beaucoup imaginaient, il possède une véritable fin mais elle n’est pas des plus faciles à obtenir.
Les joueurs qui l’ont essayé sont plutôt convaincus, même si une partie d’entre eux estime que le jeu atteint vite ses limites. De notre côté, nous reconnaissons n’avoir rien attendu d’un titre à bas prix et l’avoir trouvé bien plus chouette que prévu et très fun malgré sa répétitive. Les avis Steam confirment que nous ne sommes pas les seuls, avec 79 % d’opinions favorables. Le reproche principal porte en revanche sur les performances graphiques assez faiblardes et sa fameuse polémique autour du personnage.
Yerk affirme avoir consacré deux ans de sa vie à ce projet, et le soin apporté au mouvement si grâcieux dans Scarlet Skips (des rebonds !) n’a sans doute rien d’accidentel. Avant de se lancer dans le jeu vidéo, l’intéressé aurait été animateur, et son nom circulerait parmi les collaborateurs du studio GLITCH, à qui l’on doit la série The Amazing Digital Circus. L’information nous vient de son entourage en ligne plutôt que d’un générique officiel, nous la prenons donc pour ce qu’elle vaut, mais elle expliquerait beaucoup. Son personnage, lui, est plus ancien encore puisque Scarlet apparaît dans ses illustrations et sur sa chaîne Youtube depuis quelques années.
Une héroïne qui dérange ?
Pourquoi les joueurs s’obstinent-ils à penser que Scarlet Skips est une publicité cachée pour du contenu adulte ? En réalité, les soupçons ne sortent pas de nulle part puisque le jeu met ouvertement en avant le physique très avantageux de son héroïne. La cinématique d’introduction s’attarde sur sa poitrine, ses hanches et ses pieds, et la page Steam avertit elle-même de thèmes suggestifs, de tenues révélatrices et d’animations exagérées sur certaines parties du corps.
Bien évidemment que le sex-appeal de Scarlet est au cœur de sa promotion, et son auteur ne s’en cache pas. Le premier commentaire sur la bande-annonce Youtube le confirme en écrivant « …il va y avoir des illustrations de ce personnage… ». Autant dire que Scarlet Skips ne laisse pas indifférent le public masculin.
Un détail mérite toutefois d’être relevé. Le tag Sexual Content qui apparaîssait sur la fiche Steam n’a pas été posé par le studio, mais par les joueurs eux-mêmes. Il a été supprimé depuis mais la description officielle ne présente jamais le jeu sous cet angle. Autrement dit, ce sont ses propres acheteurs qui ont décidé de la nature du produit.

Néanmoins, lors de la sortie de Scarlet Skips, un message devenu viral accusait les créateurs de se soucier assez peu qu’on joue à leur jeu, et de chercher surtout à faire connaître leur personnage dans des situations explicites. Cet argument s’appuie sur l’activité de l’artiste en dehors du jeu. Sur le forum Steam du titre, des joueurs affirmaient que Yerk proposait sur son Patreon des dessins explicites de ses créations. Nous l’avons vérifié et son compte Patreon diffuse bien des contenus PEGI 18 mettant en scène Scarlet.
Reste que l’accusation de simple publicité résiste assez mal à l’examen. Un jeu vendu cinq dollars, développé deux ans, doté d’une progression, d’une fin et de correctifs, ressemble davantage à un projet mené pour lui-même qu’à un vulgaire prétexte commercial. Steam liste d’ailleurs Yerk Games comme développeur et éditeur du titre. Il s’agit donc d’une auto-édition complète, financée et assumée par son auteur seul. La page Steam signale par ailleurs du contenu suggestif, mais aucune nudité. Et c’est vrai !
Surtout, il faut regarder ce que cette fameuse bande-annonce a réellement produit. Avec deux millions et demi de vues d’un côté et un pic de six cents joueurs simultanés au lancement de l’autre, il est évident que l’appât, s’il en était un, n’a pour ainsi dire pas attrapé grand monde.
Et si Scarlet n’était pas le cadet de nos soucis ?
Scarlet Skips relève d’un phénomène plus large. Des artistes bâtissent une audience autour de personnages séduisants, puis la font vivre sur plusieurs supports à la fois. Patreon autorise d’ailleurs les contenus pour adultes sur les pages déclarées comme telles, à condition que les personnages paraissent sans ambiguïté majeurs. Pour un créateur indépendant, cette activité peut financer des projets plus consensuels, sans que les deux se confondent nécessairement.

Le débat oppose finalement deux lectures. Pour les uns, la simplicité de Scarlet Skips et l’insistance sur le corps de son héroïne trahissent un produit conçu pour une niche précise. Plus exactement, celle d’un public masculin que l’on suppose captif, alors que les joueuses représentent aujourd’hui 49 % des pratiquants en France selon l’étude du SELL et de Médiamétrie, et jusqu’à 55 % chez les seize-trente ans. Pour les autres, ces mêmes éléments sont assumés et n’empêchent personne de s’amuser. Pour faire simple, la polémique a offert au jeu une visibilité qu’aucun budget marketing n’aurait pu lui acheter.
En conclusion, Scarlet Skips n’est pas une publicité déguisée mais juste un petit jeu modeste mais fun, travaillé et apprécié par la plupart de ceux qui s’y risquent. Il est aussi indéniablement bâti autour du charme de son adorable personnage, et son créateur ne s’en défend absolument pas. Après tout, le jeu n’a jamais prétendu révolutionner le milieu du gaming et se contente simplement de rajouter une héroïne de plus que l’on peut apprécier ou détester.



