Souvenez-vous bien de ce nom car Astrocade risque fort de donner une mauvaise image de la conception d’un jeu vidéo en IA. La plateforme affirme avoir doublé son audience en l’espace de quatre mois. Parmi ses fondateurs figure l’une des plus grandes chercheuses en intelligence artificielle au monde.
Si vous pensez que l’intelligence artificielle peut permettre de concevoir projets inédits accessibles à tout le monde, vous risquez fort de changer d’opinion devant Astrocade. Le fonctionnement de cette plateforme de partage est présenté comme un mix entre des reels TikTok et un Roblox de l’IA. Et pour cause, les créateurs fabriquent des expériences jouables avec des outils maison, et n’importe qui peut ensuite y jouer. D’ailleurs, dans leur communication, l’entreprise évite d’employer le terme « jeux ». Ce n’est guère étonnant puisque Astrocade ne construisent pas de jeux, le vocabulaire le met à l’abri de la comparaison.
Parmi tous ces jeux, on ne trouve pas grand-chose d’inédit. C’est plutôt la porte ouverte aux clones de titres populaires, et des millions de gens ne semblent pas s’en soucier. Barbie, Dragon Ball, Squid Game, Minecraft et autres apparitions de productions populaires interrogent vraiment sur la question du droit d’auteur bafoué par l’intelligence artificielle. Parmi les titres, nous avons trouvé le jeu Steal a Brainrot. Cela ne s’invente pas !

Dix millions pour des petits plagiats !
Astrocade a été fondée en 2022 par Amir Sadeghian, son frère Ali, et Fei-Fei Li, l’une des chercheuses les plus respectées du domaine de l’intelligence artificielle. Elle est à l’origine d’ImageNet et est l’ancienne directrice du laboratoire d’IA de Stanford, ce qui est un CV très impressionnant pour un tout très ironique. Oui, il aura fallu une sommité de la recherche mondiale pour bâtir la caverne d’Ali Baba de la contrefaçon où pullulent des plagiats par milliers.
Seulement voilà, Astrocade séduit de plus en plus les joueurs. On compte aujourd’hui plus de dix millions d’utilisateurs mensuels d’après son patron, dans un entretien accordé à GamesBeat. Après avoir levé 56 millions de dollars en mai, l’audience de l’entreprise gonfle énormément. Encore une preuve que l’investissement sera toujours plus important que le talent.
Prudence toutefois, car ce chiffre de dix millions est communiqué par l’entreprise elle-même et personne n’explique comment un utilisateur mensuel est compté. Les métriques disponibles ne racontent d’ailleurs pas la même histoire : dix millions par mois, mais environ un million par jour, pour 220 millions de sessions réparties sur plus de cent mille titres. Un utilisateur sur dix revient quotidiennement. Une plateforme très large, et très peu profonde.

Astrocade est un nouveau palier franchie de l’IA
Le succès d’Astrocade est une étape franchie pour l’intelligence artificielle qui se propage en masse dans le milieu du jeu vidéo. Ce 7 octobre, Google lançait Playground, son propre service expérimental de création de jeux par prompt, accessible depuis un navigateur et pour l’instant réservé aux adultes aux États-Unis. Unity prépare sa plateforme, qui ne permettra ni la vente des jeux produits ni l’export vers Unity classique.
Les trois acteurs se positionnent en même temps sur le même créneau. Et le mot « créneau » compte beaucoup ici puisque personne ne prétend fabriquer le prochain grand jeu révolutionnaire. On fabrique juste des endroits où des millions de gens produisent des choses jetables que l’on oubliera sitôt après avoir quitté la plateforme.
Le secteur du gaming a déjà un nom pour le divertissement qui ne laisse rien derrière lui, et il n’est pas flatteur. On appelle ça le gameslop. Et aujourd’hui, dix millions d’utilisateurs ne le rendent pas plus appétissant mais en font peut-être l’industrie de demain. Poétique, hein ?



