Le Royaume-Uni prend les devants pour rassurer sur la place de l’IA dans le jeu vidéo. Petite explication.
Le 19 octobre, l’association professionnelle britannique UKIE et le cabinet d’avocats Sheridans ont lancé un service de mise en conformité à l’IA pour les studios. Dorénavant, l’intelligence artificielle sera certifiée d’une marque à brandir devant les éditeurs et les investisseurs. Cette initiative semble être une réponse aux nombreuses polémiques du moment dont celle engendrée par Sega. Le 13 octobre, l’éditeur met en vente Total War Shogun 2 Complete Edition, un remaster d’un jeu vidéo de 2011, avant d’être supprimé deux jours plus tard.
En effet, les joueurs ont repéré des images qui semblent agrandies par une IA, avec des mains aux doigts en trop et autres signaux détecteurs qui confirment les dires. La communication de Sega parle de problèmes de qualité. Elle ne dit pas si l’IA a réellement servi. De plus, selon Time Extension, la page Steam ne comportait aucune mention d’IA.
Ce label pour l’IA peut-il aider le jeu vidéo ?
C’est ainsi que l’association UKIE décide de lancer un label. Avec le cabinet Sheridans, elle lance un service qui promet aux studios britanniques d’utiliser l’IA sans mauvaise surprise juridique. Le parcours compte quatre étapes. Il se termine par une marque de certification que les studios pourront montrer lors de leurs recherches de financement et de leurs discussions avec les éditeurs, rapporte GamesIndustry.biz.
Concrètement, cela signifie que les juristes du cabinet examinent les outils d’IA employés dans le studio et les licences qui les encadrent. Ils regardent aussi si du contenu généré atteint les joueurs et quels processus existent déjà. Ils aident ensuite à bâtir une politique interne. Un studio qui en possède une peut la faire contrôler. Néanmoins, il faudra y mettre le prix qui dépend de l’adhésion.
Le patron d’UKIE, Nick Poole, justifie la démarche par un constat de terrain. La grande majorité des membres testent ces outils chaque jour, chacun à sa façon. Beaucoup s’inquiètent de savoir où se logent les risques juridiques et commerciaux, et veulent pouvoir montrer qu’ils les prennent au sérieux. L’ambition affichée est de fixer un standard que toute l’industrie reconnaîtrait.

Ce label atteste un processus et ne règle pas les zones grises. La juriste de Sheridans, Anna Poulter-Jones, rappelle que les lois et les politiques publiques sur l’IA bougent presque sans cesse, pas seulement dans le jeu vidéo, et qu’une politique interne doit donc être révisée très souvent. Elle ajoute que le service permet de revenir après quelques années, ou avant un changement profond dans l’usage de l’IA, pour rafraîchir le document.
Autrement dit, la marque ressemble à une photographie prise à un instant donné. Les informations publiées ne précisent pas combien de temps elle reste valable. Elles ne disent pas non plus ce qui se passe quand la loi change. Elle soulève toutefois une question d’indépendance. Le cabinet participe à la conception de l’examen, le réalise, et les studios paient pour le passer. Les tarifs sont publics. Ceux des membres d’UKIE sont plus bas, ce qui peut encourager l’adhésion.
Malgré tout, d’après les informations publiées, la marque s’adresse aux interlocuteurs commerciaux, c’est-à-dire aux éditeurs, aux investisseurs et aux partenaires. Les joueurs ne la verront pas. Or ce sont eux qui sanctionnent. Le cas du jeu vidéo de Sega le rappelle. Les joueurs n’ont pas attendu un audit pour juger l’usage de l’IA. C’est eux qui ont permis la suppression du titre, pas le label.
Des studios veulent prouver qu’ils prennent l’IA au sérieux, et des financeurs veulent des garanties. Reste que la sécurité juridique dépendra surtout de ce que décideront les législateurs et les tribunaux. En attendant, un tampon rassure les partenaires. La confiance des joueurs, elle, se gagne à l’écran.



