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Mixtape, jeu de l’année en Australie ? Le malaise est total…

Salander

Par Salander · Journaliste

Publié le · Mis à jour le

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Mixtape

Mixtape vient de remporter le Game of the Year aux Australian Game Developer Awards, plus deux autres prix. Il est acclamé partout et pourrait être un candidat potentiel pour les Game Awards. Nous allons expliquer pourquoi nous ne sommes pas d’accord avec ce prix obtenu.

Commençons par être honnêtes avec les lecteurs, puisque c’est la seule manière de tenir ce genre de propos. On ne comprend tout simplement pas pourquoi Mixtape est salué quasi unanimement. Il affiche 85 sur Metacritic et une grande partie des joueurs lui réservent de bonnes évaluations. Le jury australien de la prestigieuse cérémonie le décrit comme un triomphe de la narration interactive.

Mixtape est le jeu le plus surestimé de l’année 2026 !

Seulement voilà, avons-nous réellement joué au même Mixtape que tout le monde décrit comme le potentiel GOTY 2026 ? Le titre comporte trop de lacunes que tout le monde semble passer à côté, alors que cela aurait été un défaut flagrant dans n’importe quel autre titre. Tout d’abord, la participation du joueur dans l’histoire n’est jamais justifiée. A plusieurs reprises, nous avançons jusqu’à la suite de la narration, en appuyant sur des touches de temps en temps.

Le titre d’Annapurna nous a donné l’impression de jouer à un Wario Ware du pauvre en cumulant les séquences très courtes, mais dans lesquelles le joueur n’est jamais récompensé. Que vous réussissiez la séquence de ricochet, de photomaton, de skateboard ou de baseball ou que vous échouiez lamentablement, cela ne change en rien le déroulé de la cinématique suivante.

N’allez surtout pas croire que nous lui reprochons son côté « film interactif ». Bien au contraire, nous apprécions immensément ce genre et des titres comme The Walking Dead, Heavy Rain, Life is Strange ou Firewatch sont des références absolues à nos yeux. Toutefois, dans le cadre de Mixtape, la nostalgie des années 90 ne peut pas être le seul argument qui convainc tout le monde qu’il s’agit d’un grand jeu. S’il n’y avait pas la possibilité de déplacer son personnage, Mixtape pourrait tout simplement se regarder au cinéma. Le plus troublant, c’est qu’on ne perdrait presque rien.

Ce n’est pas parce qu’appuyer sur un bouton déclenche une interaction que le gameplay est fun. Appuyer sur des boutons pour rouler des pelles, déclencher des feux d’artifice ou faire des doigts d’honneur est amusant, mais les séquences sont tellement courtes et dénuées d’enjeux que l’on ne retient rien. Car oui, les enjeux de Mixtape sont extrêmement faibles.

On comprend totalement l’idée que cela se passe lors des derniers jours d’un groupe de lycéens, Stacey, Cassandra et Slater, avant leur séparation et qu’ils souhaitent organiser une soirée d’enfer, mais la structure en flashback sur les meilleurs moments de leur jeunesse casse littéralement tout aspect attachant. Surtout que les trois protagonistes sont incroyablement antipathiques. Ça n’aide vraiment pas.

Certes, n’importe qui des années 90 pourra se retrouver dans une séquence ou une autre, mais personne ne peut se retrouver dans l’ensemble général du jeu. On se demande même si le jeu n’a pas été conçu pour des reels TikTok en légendant si l’on se rappelle cette période insouciante avec le walkman et les vidéoclubs.

Sauf que Mixtape a été primé Jeu de l’année, dans une cérémonie qui s’appelle Game Developer Awards et dont le jury a d’ailleurs lui-même distingué Bits & Bops pour l’excellence de son gameplay. Deux jeux très différent dont le prix suprême est attribué au moins jouable des deux.

Un jeu indépendant qui peut s’offrir des droits en illimités… c’est vraiment indépendant ça ?

Nous lisons souvent que Mixtape est un jeu indépendant. Aucun chiffre officiel n’existe sur son budget, et nous ne jouerons pas le jeu des estimations fantaisistes qui circulent, mais la question mérite de se poser. Le studio à payé les droits musicaux à perpétuité de DEVO, Roxy Music, The Smashing Pumpkins, Iggy Pop, Siouxsie and the Banshees, Joy Division ou The Cure pour ne citer qu’eux. Une chanson par chapitre, présentée par son héroïne dont on se serait bien passé. L’équipe de production a également accepté volontairement un surcoût pour qu’ils n’expirent jamais. Ils ont également refusé de sortir une version expurgée de sa musique pour contourner les contraintes de diffusion.

Quel studio indépendant peut se permettre d’obtenir 28 chansons de grands artistes musicaux ? Des accords courent en général sur une dizaine d’années. En avril 2018, dix ans après sa sortie, des productions AAA comme GTA IV perdait plus de 35 morceaux, David Bowie compris. Alan Wake, lui, a carrément été retiré temporairement des ventes en 2017 pour cause de licences échues. Les plus gros éditeurs du monde n’arrivent pas à conserver leur bande-son une décennie.

On parle ici d’une production qui a les moyens de sécuriser un catalogue de légendes du rock pour l’éternité. On peut applaudir la démarche, elle est même élégante. On peut aussi arrêter de ranger ce jeu dans la même case que des équipes de trois personnes parce que cela dénature littéralement le terme « indépendant ».

Le jeu d’Annapurna repose presque entièrement sur un effet de reconnaissance par des morceaux musicaux, l’époque atypique et l’adolescence insouciante. Tout ceci est redoutablement efficace pendant quelques instants pour séduire un jury. Maintenant, nous vous recommandons de jouer à Mixtape en coupant le son. Des milliers de jeux vidéo peuvent être joués sans le son et ne perdent pas pour autant cet esprit de continuer la partie. Dans le cas de celui-ci, il ne reste plus rien.

3 heures de vide pour aller au bout de l’aventure avec des personnages dont on se fiche complètement. Plus la moindre émotion. Toute la poésie s’envole et prouve que ce n’était que de la poudre aux oreilles. Et si Mixtape représente la référence ultime de ce qu’est censé être un film interactif, alors l’avenir du genre s’annonce pathétique.

Les développeurs se réjouissent d’ailleurs publiquement que leur jeu pousse davantage de gens à écouter Devo. Oui, c’est charmant. C’est aussi l’aveu que l’œuvre la plus marquante de ce jeu n’a pas été écrite par ses scénaristes. D’ailleurs, l’héroïne de Mixtape, Stacey Rockford, rêve de devenir superviseuse musicale, plus exactement la personne qui choisit quelles chansons existantes poser sur des images. C’est dire que même le jeu semble complètement se moquer du semblant de scénario.

Félicitations sincères à l’équipe, qui a fait exactement ce qu’elle voulait faire. Cependant, nous serions très étonnés de voir Mixtape en concurrence avec des titres plus marquants comme The Blood of Dawnwalker, Control Resonant, Resident Evil Requiem ou pourquoi pas Dressmaker au Game Awards 2026.

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