Asha Sharma et Xbox viennent d’annoncer Xbox Labs. En plus d’être une réponse, et probable opportunité, sur l’immense vague amusantes (inquiétantes) des mods qui fusionnent plusieurs jeux sans rapport, ce nouveau projet semble surtout une nouvelle étape dans la course impitoyable à l’IA.
Vous avez sans doute aperçu ses images qui dépassent le rêve d’enfant et dont certaines sont à mourir de rire. Mario qui affronte Margit dans Elden Ring, Minecraft qui s’invite dans le monde de Skyrim ou le personnage de Wii Sport qui tente de survivre contre des zombies. Des centaines de jeux ont étés décompilés et portés dans un navigateur via l’intelligence artificielle Claude qui font la joie des moddeurs et la colère des autres. Devant ce phénomène (de mode), Xbox a réagit en créant Xbox Labs, une décision qui pousse davantage l’avenir de la firme vers l’IA pendant une période de restructuration très controversée.
Qu’est ce que le nouveau projet Xbox Labs ?
Le 13 octobre 2026, Asha Sharma, la nouvelle patronne de Xbox, a annoncé la création de Xbox Labs dans une note adressée à ses équipes. Plusieurs médias le présentent comme une réaction à la vague de modding des jeux assistés par l’IA, qui a envahi Internet ces dernières semaines. Et pour cause, il s’agit pour l’instant d’un petit groupe interne chargé d’explorer le portage des jeux sur de nouvelles machines, de la même manière que cette vague hilarante de mods dopés à l’IA, mais sans produit ni feuille de route annoncés pour l’instant.
Ces expérimentations remettent en question des principes établis depuis longtemps dans notre industrie : le lien entre le logiciel et le matériel, la frontière entre création et jeu, ainsi que la manière dont les joueurs découvrent et vivent les jeux. S’il est difficile de prédire l’avenir du jeu vidéo, il est facile d’entrevoir les opportunités : rendre les grands jeux plus accessibles, donner une seconde vie aux anciens titres et permettre à davantage de joueurs de devenir créateurs et co-créateurs. Ce sont incontestablement de bonnes évolutions pour les joueurs, même lorsqu’elles bousculent nos modèles économiques actuels (Asha Sharma)
Derrière cette annonce qui pourrait presque être un vrai coup de maître de la firme se cache pourtant plusieurs questions plus problématiques. Plus exactement, que devient un jeu quand n’importe qui peut le démonter et le remonter en quelques heures ? Surtout, Xbox a t’il raison de proposer une solution pareille pour sa communauté ?

Les mashups les plus insolites entre des jeux qui n’ont aucun rapport entre eux font le tour des réseaux. Toutes ces créations reposent sur des agents IA basés sur Claude, et un guide GitHub annonce quelques heures pour fusionner Spider-Man et la map de Batman Arkham Knight, avec un résultat des plus stupéfiants. En vérité, précisons que seuls une poignée de mashups sont réellement jouables, et ne sont en fait que des démonstrations destinés à faire le buzz sur les réseaux sociaux, puisqu’un jeu complet n’est pas encore immédiat.
Toutefois, cette folle convergence tient à des sorties de modèles IA en septembre plus élaborés. D’abord GPT Astra, puis Claude Opus 5.5 avec des jetons moins chers. Le média Kotaku cite Opus 5.5 pour sa capacité à décompiler, mais cette attribution reste invérifiée dans plusieurs cas. En revanche, Opus 5.5 et Fable sont complètement capables de concevoir des petits projets comme la prouvé le créateur de Dragon Quest. Les moddeurs et les joueurs se retrouvent bouleversés par un phénomène, générant la crainte de voir des développeurs incapable de comprendre la moindre ligne de code et d’alimenter l’irrespect des œuvres cultes.

Le futur de Xbox sera la porte ouverte à l’IA !
Il n’est guère surprenant qu’Asha Sharma décide d’expérimenter sur ce sujet puisqu’elle veut que l’IA passe partie du futur de la marque, et ce, depuis le départ de Phil Spencer. Son mémo adressé a ses équipes part précisément de ce constat. Des jeux ont été décompilés et reconstruits pour tourner sur des machines pour lesquelles ils n’étaient pas conçus. Avec le projet Xbox Labs, elle porte la vision d’expériences qui remettent en cause plusieurs aspects. Les liens entre les logiciels et le matériel mais aussi la frontière entre créer et jouer, et la manière de découvrir les jeux. Tout un programme.
La meilleure façon de découvrir le futur du jeu vidéo est de le construire. C’est pour cela qu’on lance Xbox Labs…
Pour faire simple, le raisonnement de la PDG de Xbox est que le code est devenu la première grande charge de travail des agents IA, parce qu’ils sont capable d’écrire, d’exécuter et tester des logiciels. Les jeux, ajoute-t-elle, partagent ces propriétés. Elle juge ces évolutions bénéfiques pour les joueurs, même quand elles bousculent les modèles économiques de Xbox. Peut-on alors penser qu’elle envisagerait la possibilité, à l’instar de Unity Spark, que les joueurs Xbox pourront bientôt créer leur propre jeux sur la prochaine machine ?
Rien n’est encore officiel mais soulignons que le mémo promet une gestion responsable de la propriété intellectuelle. Nous devrions en savoir plus prochainement car toute la question du contenu protégé reste encore bien mystérieuse.
Néanmoins, inutile de se lancer dans une conclusion hâtive puisque Xbox Labs est très flou. Un porte-parole a indiqué au média GamesIndustry.biz que le projet n’a pas de directive IA précise. Plus précisément, l’IA n’étant utilisée que lorsqu’elle est jugée utile selon ses chercheurs. Sharma se veut rassurante sur les priorités d’Xbox qui reste fixé sur leurs objectifs.
Xbox Labs devrait pourtant avoir un lien fondamental avec l’IA, et pourrait aboutir sur tous les prototypes engendrées par Xbox depuis des mois. En février 2025, Microsoft Research dévoilait Muse, un modèle capable de générer du gameplay entraîné sur plus d’un milliard d’images et d’actions de manette issues de Bleeding Edge, avec la collaboration du regretté studio Ninja Theory. Alors que les expérimentations de l’IA se poursuivent, Asha Sharma annonçait la plus importante restructuration de l’histoire de Xbox, avec 3 200 suppressions de postes sur l’exercice 2027, dont 1 600 immédiates. Plusieurs studios de Xbox Games Studios ferment leurs portes ou reprennent leur indépendance.
La décision de fonder Xbox Labs n’est finalement qu’une étape de plus dans la nouvelle trajectoire de la firme. Sous Phil Spencer, l’IA était un produit grand public et le Copilot, présenté comme un compagnon de jeu. Cependant, sous Sharma, ce produit est abandonné, et l’IA se replie dans un terrain de jeu à part entière. Le changement est moins une rupture qu’un déplacement puisque moins visible pour les joueurs, mais plus stratégique, puisqu’il touche à la manière dont les jeux se fabriquent, se portent et se distribuent.
Il reste finalement la question de la cohérence. Xbox peut-il célébrer l’ouverture des jeux tout en protégeant les siens ? Peut-il parier sur l’IA tout en fermant les studios qui l’ont nourrie ? Les premiers outils de Xbox Labs, et la manière dont Microsoft traitera ses propres licences, apporteront les premières réponses. Mais est-on en droit de s’inquiéter ?



