Playstation n’en a vraiment pas terminé avec les polémiques qui pourraient détruire son image de marque. Après l’annulation de Physint de Kojima ou l’évocation d’une manette qui pourrait servir à des paiements en NFC, voici maintenant qu’un brevet publié le 1er octobre 2026 propose de réécrire des ennemis et des boss… par un modèle d’IA qui se nourri de notre façon d’arpenter notre périple.
Avant de commencer ce coup de gueule, il est important de rappeler que les brevets ne prouve rien d’autre que l’existence d’une idée dans un service juridique. Cela signifie qu’il ne s’agit que d’une idée et non d’un fait décidé par l’entreprise. Néanmoins, l’inquiétude est fortement de mise quand la même idée est déposée plusieurs fois en deux ans.
Une IA pour Playstation pour personnaliser nos combats ? Oui mais…
« AI Adapted non player character for video game system » est le joli nom de ce brevet Playstation déposé en mars 2025 et publié en ce début d’octobre 2026. Sa proposition consiste en un modèle d’apprentissage automatique autour de vos affrontements dans les jeux vidéo. On ne parle pas seulement de difficulté ajustée mais également de comportement, de dialogues et d’apparence. Plus exactement, un boss étudie votre façon de jouer qui n’appartient qu’à vous, repérera vos forces et vos faiblesses et les exploitera contre vous.
Sur le papier, cela s’annonce comme un rêve de joueur, celui de notre nemesis dans un combat épique. Sur le terrain, l’idée pourrait très vite devenir une catastrophe qui enfermerait le gaming dans un contexte encore plus solitaire qu’il ne l’est déjà.
Pour justifier cette technologie, Playstation avance un argument très pragmatique qui est celui de la réduction des coûts d’écriture et de programmation de PNJ complexes, devenus trop lourds pour les budgets actuels. Mais derrière cette promesse d’efficacité industrielle se cache une réalité plus sombre qui consisterait à fabriquer par un algorithme ce qui relevait jusqu’ici du sur-mesure artisanal. Rien n’est encore décidé, mais l’intention, elle, figure noir sur blanc dans le document.
Précisons que l’idée n’est pas vraiment neuve dans l’industrie. Nvidia dispose de son programme ACE, qui utilise un grand modèle de langage pour écrire les répliques des personnages. Le jeu inZOI a déjà employé cette technologie l’an dernier pour façonner les relations entre les habitants. Seulement voilà, la différence est de taille puisque ACE s’occupe des dialogues tandis que PlayStation veut pouvoir tout changer, du comportement jusqu’au design.
Qui dit IA dit données à exploiter…
Comme nous l’avons précisé, ce n’est pas la première fois que Playstation veut flirter avec l’intelligence artificielle, déjà omniprésente dans le domaine culturel et du gaming. En août 2023, un brevet de PNJ imitant notre style avait été déposé. En septembre 2024, c’était au tour d’un dispositif d’assistance par IA capable de jouer à notre place en cas de difficulté. Puis vient celui qui nous occupe, en mars 2025. Sans oublier celui d’avril 2025 qui parle d’un fantôme dirigé par l’IA chargé de nous montrer la voie à suivre. Bien qu’aucun de ces dépôts ne soit approuvé pour le moment, il ne fait plus beaucoup de doute que la prochaine génération de consoles contiendra de l’IA en abondance.

Cependant, chaque brevet autour de l’intelligence artificielle pose une problématique très similaire sur les personnes fournissant les données d’entraînement. Et pour cause, le document du 1er octobre ne pose jamais cette question. Celui du fantôme, lui, y répond sans détour. L’IA serait nourrie des parties d’autres utilisateurs, mais aussi de sessions récupérées via YouTube et Twitch. En clair, vos créateurs préférés constituent un gisement sans coût pour un éditeur qui, lui, ne travaille pas gratuitement.
Toutefois, ne nous alarmons pas trop vite puisque le document du 1er octobre 2026 est plus sobre et ne mentionne que nos propres actions en jeu, ce qui, nous l’espérons, écarte la piste des données personnelles sensibles. Mais ce brevet continue de soulever de sérieuses questions. Notre manière de jouer nous appartient elle vraiment ? Parce que si un modèle apprend de nos réflexes pour fabriquer l’adversaire idéal, alors nous venons d’effectuer une tâche d’annotation non rémunérée sur du matériel que nous avons payé.
Les joueurs Playstation deviennent donc des prototypes d’expérimentation gratuits pour un usage qui pourrait cesser de rendre unique notre façon d’arpenter nos aventures.
Vers un retour du système Nemesis de La Terre du Milieu ?
Soulignons un fait qui pourrait rendre l’idée de Playstation faisable puisque ce principe d’apprendre de votre façon de jouer existe déjà et il n’utilise pas l’intelligence artificielle. Hélas, Warner Bros l’a littéralement verrouillé, empêchant son retour. Oui, nous parlons du système Nemesis du jeu vidéo La Terre du Milieu L’Ombre du Mordor dans lequel les ennemis se souvenaient de vous, montaient en grade et vous en faisaient voir de toutes les couleurs. C’était l’une des meilleures idées de game design de la décennie et Warner Bros le bloque juqu’en 2036, interdisant à tout jeu de l’utiliser.

Pire encore, Warner Bros a fermé Monolith Productions, le studio de développement du jeu, en février 2025, le privant de son propre gameplay brillant.
Le brevet de Playstation décrit une idée fortement similaire et s’il est accordé, il ne servira peut-être pas dans l’aboutissement d’un jeu mais il pourra empêcher les autres de créer un système comparable. Warner Bros Games pourrait aussi dégainer le sien et lancer des procédures judiciaires à la manière de Nintendo qui voulait stopper Palworld pour accusation d’utilsation des brevets exclusifs à la maison de Pokémon.
On peut dépenser de l’argent pour embaucher des développeurs capables d’écrire des boss mémorables et on peut aussi breveter un système qui en produira à la chaîne via du contenu génératif. Malheureusement, ces deux stratégies n’auront pas le même résultat. D’un côté, les joueurs découvrent une mécanique de gameplay dans un jeu unique (comme La Terre du Milieu), dans l’autre, ils vont se retrouver sans aide extérieure et contraint de faire la même chose dans tous les jeux parce que leur style sera immédiatement reconnu dans tout le catalogue. Ce serait la fin de l’expérience unique promise par n’importe quel produit vidéoludique. Et ce serait terriblement triste pour l’image de Playstation.




