C’était inconcevable à nos yeux mais Electronic Arts a fermé BioWare. Le studio de Mass Effect, de Dragon Age et de Baldur’s Gate n’existe plus. Le prochain Mass Effect est enterré après six années de teasers. Derrière un nouveau nom dans cette terrifiante liste des licenciements se cache surtout la plus grande perte engendrée par EA. Derrière le studio légendaire se cachent les moments de gloire et une grande partie de l’identité de l’éditeur. L’âge d’or vient de prendre fin.
Ce 21 octobre, Electronic Arts publie une lettre signée Cam Weber et David Tinson qui mentionne des priorités, des croissances et des choix difficiles. Les lignes expliquent que l’éditeur abandonne le prochain Mass Effect très attendu des fans mais aussi ferme définitivement le studio de BioWare après 31 années de bons et loyaux services. 400 personnes ont été licenciées au total au sein du groupe tandis qu’EA compte ses profits rapportés par la licence annuelle EA FC et Battlefield.
Alors que nous nous concentrons sur ces opportunités de plus grande envergure, une petite équipe chez BioWare travaillait sur la phase initiale de développement de Mass Effect. Nous avons pris la décision de ne pas poursuivre ce développement, ce qui signifie que nous fermons le studio. BioWare est un studio légendaire qui a contribué à définir le genre du jeu de rôle, et nous ne prenons pas cette décision à la légère.
Fondé en 1995 à Edmonton par trois médecins, Ray Muzyka, Greg Zeschuk et Augustine Yip, BioWare s’est lancé dans de multiples genres pour contribuer au jeu vidéo. Leur tout premier jeu, Shattered Steel en 1996, était une simulation de mecha. Viennent ensuite le MMO, le jeu d’action coopératif avec Anthem ou un épisode de Sonic. Toutefois, le studio a particulièrement brillé dans le genre du RPG en se couronnant de succès à de multiples reprises, faisant de EA un éditeur de référence.
Néanmoins, il semble que l’éditeur de Battlefield a toujours l’échec controversé d’Anthem en travers de la gorge. C’est une décision absolument terrible puisque EA n’a désormais plus aucun talent pour exceller à nouveau dans le jeu de rôle.

En fermant BioWare, que restera t’il à EA ?
Il suffit de voir ce qui reste aujourd’hui. Il ne reste que Battlefield, Apex Legends, FIFA et Les Sims. Certes, un jeu Iron Man est toujours prévu ainsi qu’un troisième volet de Star Wars Jedi, mais il ne reste plus un seul jeu de rôle narratif en solo. Electronic Arts continue de supprimer toutes ses heures de gloire entre un Visceral Games avec Dead Space et maintenant BioWare pour ne garder que des étapes supplémentaires à l’achat de lootboxes, de jeux-services et de titres fan-service dont la formule sera reprise d’autres jeux existants.
Ce qui faisait l’identité unique d’EA n’existe plus dorénavant. Pendant presque vingt ans, BioWare a été la vitrine d’un EA capable d’héberger de véritables auteurs. Trois des plus grands chef d’œuvres d’EA sont signés du studio dont Star Wars Knight of the Old Republic, Mass Effect, Dragon Age.

Et si la dette colossale d’EA était responsable ?
Difficile de prouver que la dette d’Electronic Arts est la cause de cette décision qui fera date puisque la lettre invoque une concentration sur ses plus grandes opportunités. Après tout, la somme colossale de deux milliards de dollars pourchassait l’éditeur qui a réussi à l’abaisser à vingt milliards avec le rachat par l’Arabie Saoudite. En effet, le fonds souverain saoudien a acheté l’entreprise pour cinquante-cinq milliards de dollars. Sauf que les acheteurs n’ont pas sorti cette somme de leur poche mais ont considérablement emprunté vingt milliards auprès de la banque JPMorgan.
Concrètement, cela signifie que l’acheteur ne rembourse pas mais Electronic Arts doit rembourser une nouvelle dette déjà existante avec la sienne. Pour faire simple, les fonds saoudiens vont empêcher l’éditeur de donner carte blanche à n’importe quel projet si celui-ci est incapable de rentabiliser. En plus de développer de nouveaux titres qui devront automatiquement être un succès, EA doit donc dégager, chaque année, de quoi payer les intérêts d’une dette contractée pour l’acheter elle-même. C’est la plus grosse opération de ce type jamais réalisée, tous secteurs confondus.
Dès l’annonce de ce rachat, l’analyste Michael Futter prévenait qu’il voyait mal comment EA pourrait s’en sortir sans licenciements ou fermetures de studios comme le rapporte The Next Web. La première grande restructuration est tombée moins de trois mois après la clôture. Bien évidemment, nous ne pouvons pas prouver que la dette a décidé du sort de BioWare mais si elle est responsable, EA doit accentuer les tendances d’achats des joueurs d’aujourd’hui et le online. Anthem n’ayant pas fonctionné, BioWare deviendrait alors obsolète.
Toutefois, nous restons dans l’incompréhension totale sur la répartition des budgets et des salaires au sein d’Electronic Arts. BioWare vient de perdre cinquante personnes parmi cette vague, tandis que la rémunération du directeur général d’EA, Andrew Wilson, vient de monter de 8 millions de dollars. Cette prime astronomique était indexée sur l’atteinte de tous les jalons d’un lancement de qualité pour Battlefield 6, qui rappelons-le a eu droit à des renvois durant le développement.
Après l’annulation, que deviendra Mass Effect ?
Electronic Arts a des arguments d’avoir mis fin au parcours de BioWare, et il serait malhonnête de notre part de les passer sous silence. Tout d’abord, Dragon Age The Veilguard a sous-performé, de l’aveu même de l’éditeur, et le média Bloomberg a rapporté qu’EA avait déjà taillé dans les effectifs l’an dernier. Le plus gros succès commercial du studio, Dragon Age Inquisition, date de 2014. Les talents de BioWare avaient déjà quitté le navire. Chacun de leur côté, ils sont au développement de nouveaux titres. Par exemple, James Ohlen et Drew Karpyshyn préparent Exodus, un grand jeu de rôle de science-fiction, au sein du studio Archetype Entertainment.

Electronic Arts ne doit pas laisser dans un placard Mass Effect et Dragon Age, les deux licences que des millions de joueurs associent à BioWare. Si EA ne veut plus les faire, qu’elle les confie à ceux qui les aiment. Encore faudrait-il que cela fonctionne. L’éditeur a déjà confié une licence BioWare à d’autres mains. Entre autres, le remake de Knights of the Old Republic, annoncé en 2021. Retiré à Aspyr après une démonstration jugée décevante, repris par Saber Interactive puis par sa filiale Mad Head Games, il n’a toujours, cinq ans plus tard, ni date de sortie ni la moindre image de jeu. Des propos non officiels évoquent 2028.
Malgré tout, l’absence de jeu de rôle et de BioWare pour Electronic Arts risque de mettre l’entreprise encore plus en difficulté. C’est encore plus ironique quand on sait que le genre est acclamé chaque année, amène de plus en plus de joueurs et que le titre le plus primé de la décennie est Baldur’s Gate 3 dont la licence a été créée par BioWare en 1998 avant sa reprise par Larian.
En annulant son Mass Effect 5, l’éditeur a peut-être annulé sa solution pour sortir de sa dette élevée. Encore une preuve que le RPG de qualité restera toujours sous-estimé…



